Bonjour,

Après deux mois à danser seul dans votre salon, sur Internet avec des inconnus, parfois illégalement dans la rue, ou depuis une semaine chez vos amis lors d’apéros, vous trépignez d’impatience à l’idée de retrouver d’autres fêtards en boîte de nuit.

Pas de date

Malheureusement pour vous, aucun des représentants du monde de la nuit contactés par CheckNews n’est, à ce jour, au courant d’une prochaine date de réouverture des boîtes de nuit, cabarets, restaurants ou bars dansants. Que ce soit à l’Association française des exploitants de discothèque et dancing (Afedd), à la Chambre syndicale des lieux musicaux, festifs et nocturnes (CSLMF), au Syndicat des lieux festifs & de la diversité (Sneg & Co), ou à la branche nuit de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih-Nuit), la réponse de nos interlocuteurs est toujours la même : «On ne sait pas.»

Faute de date annoncée par le gouvernement, chaque groupe y va de son pronostic ou de son souhait. Thierry Fontaine de l’Umih-Nuit «aimerai[t] une réouverture entre le 15 juin et le 1er juillet», pour que les saisonniers puissent travailler. S’en tenant à l’avis du conseil scientifique du 20 avril, portant sur les deux mois suivant la sortie du confinement et qui recommande de maintenir fermées les salles rassemblant du public, il en déduit que la réouverture des clubs ne pourrait avoir lieu qu’à partir du 11 juillet, ce qu’il estime «complètement inacceptable».

Plus pessimiste, le président de l’Afedd, Ivan Poupardin, considère que «la réouverture des discothèques n’est pas envisageable avant le mois de septembre au mieux». Un avis que partage Aurélien Dubois, du CSLMF, également fondateur de l’ancien club techno parisien Concrete et de son successeur Dehors Brut : «Rouvrir à toute vitesse, quel est l’intérêt ? Tant qu’il n’y aura pas de solution, on n’aura pas de réouverture. On ne veut pas être diabolisé comme en Corée du Sud.» Un pays où l’épidémie est repartie, début mai, après la réouverture des clubs, causant même une vague d’homophobie car des lieux gays étaient concernés.

Si les plus optimistes considèrent que les établissements de nuit sont prêts à rouvrir en appliquant certaines mesures de protection sanitaire, comme la distribution de gel hydroalcoolique, l’usage de pailles pour boire en gardant son masque, ou en limitant le paiement en liquide et en procédant avec des ardoises réglées en fin de soirées, tous refusent que les capacités d’accueil soient réduites pour que chaque fêtard ait droit à quatre mètres carrés.

 

Les grands oubliés

Amers, ces professionnels déplorent que les discothèques ne soient quasiment jamais citées ou prises en considération par le gouvernement lors des différentes annonces d’aides au secteur des cafés, hôtels, restaurants, discothèques, alors qu’environ 6 000 établissements de nuit (2 000 discothèques et 4 000 bars ou restaurants à ambiance musicale) sont concernés, soit entre 50 000 et 100 000 employés, pour un chiffre d’affaires annuel d’environ deux milliards d’euros. «On a envoyé des protocoles sanitaires le 24 avril, mais on n’a toujours pas eu de réponse. On est un peu les grands oubliés. On souffre de ne pas entendre notre nom prononcé», signale Thierry Fontaine, de l’Umih-Nuit. Idem pour Aurélien Dubois, qui évoque l’envoi de communiqués aux ministères de la Culture et des Finances, «mais on ne nous répond pas. Il nous faut des réponses, même si elles sont mauvaises».

Tous ces interlocuteurs évoquent ainsi avec colère le silence et le mépris des politiques auxquels ils sont confrontés. «Quand vous écoutez le député Christophe Blanchet, qui rapporte le souci des patrons de club, ça ricane à l’Assemblée nationale», relève Rémi Calmon, faisant ainsi référence à l’intervention du député LREM du Calvados (à partir de 34 minutes) qui, le 14 mai, a pris la défense des discothèques dans l’hémicycle. Lors de son intervention, on peut entendre les rires de certains députés lorsqu’il évoque le sort des «débits de boissons de nuit».

Joint par CheckNews, le député LREM du Calvados et ancien patron de club minimise, estimant qu’il s’agit en partie de rires liés au fait que les députés connaissent son passé dans le milieu. Avec deux autres députés, il a adressé une lettre au Premier ministre dans laquelle il demande au gouvernement de porter de l’attention au monde de la nuit et des casinos, oubliés des discours officiels, et qui «attendent eux aussi leurs dates, ou a minima leurs calendriers, pour que la convivialité et la festivité, le brassage social, la vie, le jour reviennent dans leurs établissements».